Phèdre
Mise en scène Philippe Mentha.
Que n'a-t-on pas dit sur « Phèdre »? Que Racine se serait inspiré d'Euripide, de Sénèque et de mythes dont il néglige certains détails brûlants, qu'il écrit « Phèdre » en 1677, année qui le voit renouer avec Port-Royal.
Phèdre, reine païenne à la haute conscience morale, hantée par le sentiment de sa faute, cette soeur d'Ariane préfigure les princesses chrétiennes du XVIIème siècle. Malade d'amour malgré elle – tout comme Hippolyte – Phèdre subit, sans l'avoir méritée, la vengeance de Vénus, jalouse de Diane: Hippolyte, fidèle à sa mère, lui rend un culte exclusif. Rendant Phèdre folle d'amour pour son beau-fils, Vénus en fait du même coup la victime du Dieu qui châtie. Sa passion va la conduire à la mort. L'art de Racine, heureusement, dépasse et charme la morale; il se fait musique, allusions, litotes et ambiguïté. La pudeur accentue l'érotisme.
« Phèdre », tragédie sacrée, devient une cantate dédiée à l'instinct. Le sacré valorise la transgression, et vice versa… À Port-Royal ou Saint- Pierre de Rome, l'aveu d'une passion secrète, à voix basse, n'est-il pas plus troublant, plus excitant, plus plaisant?







