Rock et pop
Yo La Tengo
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Yo La Tengo, l'art de l'éclatement

L'univers disparate du mythique «band» américain se décline à Fribourg

Donner un contour précis à ce groupe phare de la scène alternative américaine: voilà une affaire compliquée. Yo La Tengo nous avait habitués, à ses débuts, aux rythmes percutants d'un rock quasi primitif, celui qu'affectionnent les porteurs de bananes capillaires et les amateurs de vieilles Mustang. Les colorations un brin folk des guitares donnaient à cette musique binaire le zeste de finesse qu'il fallait pour garder le groupe dans le giron des fréquentables.

Plus tard, leur palette s'est agrandie de manière prodigieuse et a fait de quelques disques des sommes plutôt déroutantes de l'histoire du rock. On se souvient de l'accumulation de pistes, de l'empilement de styles et de genres dont témoignait I Can Hear the Heart Beating as One (1997). Plus grand, plus désarçonnant encore, I Am Not Afraid of You and I Will Beat Your Ass (2006) tenait presque du testament en forme de tour opulent, quelque part entre le rock, le free jazz et la pop.

On aurait pu croire les musiciens du New Jersey décidés, après cette brique dense et épaisse, à raccrocher leurs instruments et à fermer définitivement à clé la porte de leur studio. Il n'en est rien. Avec le récent Popular Songs, ils donnent une constance inouïe à ce goût pour l'éclatement, pour l'exploration de territoires a priori inconciliables. Sans vraiment se dénaturer, Yo La Tengo marque sans doute les annales par sa crainte et son refus constant de l'immobilisme, pour sa fuite du confort qu'on peut en tirer. Un choix périlleux relevé avec cohérence.

Photo©LDD

Rocco Zacheo Imprimer

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