Musique en fabrique

A Malleray-Bévilard, dans le Jura bernois, le festival Usine sonore offre un écrin insolite et industriel à la création contemporaine
Le long des murs, quelques tuyaux qui courent. Un plafond tout en structure métallique apparente et, au sol, l'empreinte très droite de lignes de démarcation jaunes. A l'usine Schaublin de Malleray-Bévilard, on fabrique des tours de précision depuis 1915; on y fait de la musique, aussi, tous les deux ans depuis 2006. De la musique d'aujourd'hui, à l'enseigne du festival Usine sonore, qui se tient les 13 et 14 mars dans ces locaux insolites.
Usine sonore, c'est six concerts, huit créations mondiales et une programmation qui donne à entendre Morton Feldman, John Cage ou Mauricio Kagel. Une manifestation tournée vers l'avant-garde au cœur du Jura bernois? Le projet peut sembler téméraire. Et pourtant, ça marche. «On utilise une ancienne salle de montage de 120 m2», explique Julien Annoni, l'un des deux directeurs artistiques. «Devant la scène à même le sol, la tribune peut accueillir 250 spectateurs.» Lors de la deuxième édition, en 2008, les quatre concerts ont réuni quelque mille personnes. «C'est assez passionnant de voir se mélanger le public spécialisé avec des curieux venus de la région, au beau milieu d'un village de 2000 habitants. Face à la musique contemporaine, les réactions de certains peuvent être très fortes, dans un sens comme dans l'autre.»
Deux axes forts définissent le profil du festival: la volonté de ne jouer que des compositeurs des XXe et XXIe siècles, avec, en fil rouge, le répertoire consacré à la percussion dans son acception la plus large. C'est que les fondateurs d'Usine sonore, Julien Annoni et Olivier Membrez, âgés de 28 ans, sont tous deux des interprètes formés à cette discipline et ils ont articulé l'affiche 2010 autour d'œuvres phares - les ébouriffantes Noces de Stravinski avec le Chœur Novantica de Sion (sa 13, 18h) ou l'hypnose solaire de Music for 18 musicians de Steve Reich, dirigé par le percussionniste français Emmanuel Séjourné, membre de l'Ensemble Accroche Note de Strasbourg, et augmenté d'une création chorégraphique de Nicolas Turicchia, disciple de la grande Anne Theresa de Keersmaker (sa 13, 22h).
La création musicale se décline dans des pages de l'Allemande Saskia Bladt, artiste en résidence (Infiltration, sa 13, 18h), ainsi que chez six compositeurs suisses dont les pièces de commande seront données lors du concert «Jeunes interprètes» (di 14, 14h30). En clôture d'Usine sonore, retour vers des territoires plus balisés avec Bartók (Contrastes pour violon, clarinette et piano), Villa-Lobos (Quinteto instrumental) et Berio (Folk Songs pour mezzo-soprano et sept musiciens), avant un rush final exclusivement percussif (Tintinnabulation d'Elliott Carter notamment, donné en création suisse).
Photo©DR







