Abdullah Ibrahim «Ekaya»

Abdullah Ibrahim «Ekaya»

Abdullah Ibrahim, on dirait le Sud

En cette année sud-africaine, de pelouse verte et ballon rond, il n'est pas inutile de rappeler que ce pays du fond des mers existait avant la Coupe du monde et même avant l'apartheid et son abolition. Abdullah Ibrahim en est témoin, lui qui animait les églises urbaines, les cabarets du possible avant de fuir son pays et d'y revenir pour fonder des écoles. Pianiste nourri de chant zoulou et de Duke Ellington, il rencontre son maître américain dans un club zurichois avant de connaître l'une des carrières les plus exigeantes et denses du jazz africain.

A 75 ans, génie de l'espace et d'une sorte de gospel sudiste baigné à l'économie, Ibrahim débarque en Suisse romande dans un septuor mythique de haute tenue qui confirme ses talents d'arrangeur, son goût pour les respirations qui s'éternisent et une poétique de la main vrillée. Il vous prend toujours de revers, Abdullah Ibrahim, d'un mélodisme dont on croit avoir tout saisi avant qu'il ne revienne à des chicanes monkiennes et des cavalcades de jeune mystique.

Photo©Manfred Riderspacher

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