Le journal de la Culture
Le conte à rebours
Les chroniques de Marie-Pierre Genecand, 10 mars 2010
Prendre un conte de princesse, faire de l'héroïne une femme sans complexe. Et tordre le cou à l'idée que trop d'amour tue la liberté de penser. Latifa Djerbi dément à elle seule ce triste préjugé. Car la comédienne d'origine tunisienne est un pur concentré de vivacité et de générosité. Sans oublier l'humour, ingrédient permanent de sa Purée de karma. Ou comment, en trois histoires salées, la conteuse redonne de la saveur au principe d'égalité.
Au départ, l'homme et la femme étaient égaux en force et en droit. Mais, pour l'homme, l'affaire manquait de relief. Il est donc allé demander à Dieu, «vieux faiseur de choses», que l'un des deux prenne le pouvoir. Et, comme il avait fait le déplacement, «autant que ce soit lui». Ainsi, l'homme devint le plus fort et la femme dut apprendre l'art de la stratégie. Les Trois Clés, conte d'Henri Gougaud, donne le ton de la soirée. Musclé avec facétie.
Dans La Princesse de papier, récit lapidaire du Canadien Robert Munsch, même sens de l'ironie. Une jeune fille terrasse par un impossible défi un dragon qui retient prisonnier son promis. Une fois sauvé, le prince se montre petit, pinaille sur un détail? La belle le plante, lui et son étroitesse d'esprit.
Récrits par Latifa Djerbi, les contes ont du panache. Mais c'est le jeu inventif – les accessoires descendent du ciel du théâtre – et l'interactivité avec le public qui font de cette soirée, qui compte encore un Peau d'âne revisité, un moment réjoui. On sent les regards avisés de Juliette Ryser et d'Antonio Buil. Au début, la comédienne dessine un cercle de craie au sol. Le karma et ses cycles. Brecht et ses fables. La justice du coeur? La morale est plutôt jolie.
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