Le journal de la Culture

Musique

«Otello», les écumes du grand large

Les chroniques de Jonas Pulver, 23 févr. 2010

Bleu ciel, bleu cruel. A la Salle Métropole de Lausanne, les décors de Carlo Centolavigna taillent la scène à pied de vagues. Sous l'écume immobile des nuages, les flots infinis de l'Adriatique, cette patrie dont le Maure Otello s'est fait le fils en terrassant les armées turques. Peu lui importent les guerres d'honneur; la main de Desdemona, voilà le véritable objet de ses conquêtes.

Otello, donc, mais pas celui qu'on croit – l'adaptation du drame shakespearien par Giuseppe Verdi marquera les esprits quelque quatre-vingts ans plus tard. Celle de Rossini (1816), visible ces jours à Lausanne dans une mise en scène de Giancarlo del Monaco, se donne plus rarement.

Les longueurs du premier acte peuvent rebuter, mais patience! Dans les dernières accélérations, l'oeuvre distille des climats saisissants, prémices du beau siècle lyrique qui éclora avec Bellini ou Donizetti. D'abord rutilante, presque frivole, l'écriture de Rossini se drape peu à peu de noirceur, jusqu'aux confins d'un troisième acte qui poignarde (l'Orchestre de chambre de Lausanne sous la direction agréablement concise de Corrado Rovaris, un peu droite dans les récitatifs).

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