La beauté des embouteillages selon Pascale Marthine-Tayou

La beauté des embouteillages selon Pascale Marthine-Tayou

La beauté des embouteillages selon Pascale Marthine Tayou

L'artiste camerounais expose dans le cadre des manifestations Lille 3000

L'univers artistique de Pascale Marthine Tayou est tout simplement jouissif de confusion. D'ailleurs, cette nouvelle exposition lilloise s'appelle Traffic Jam en langue mondialisée, soit embouteillage en simple français. Le Camerounais, né à Yaoundé en 1967 et installé à Gand, en Belgique, a une façon très porteuse de sens, et forcement de questionnements, d'évoquer la complexité du monde, la circulation des hommes, des marchandises, des idées, les échanges faussés entre le Nord et le Sud.

A Venise, l'an dernier, Pascale Marthine Tayou avait installé au cœur de la Biennale d'art contemporain un village africain. Pas une reproduction folklorique, loin s'en faut. Dans ce grand fatras qui arrêtait le visiteur, c'était l'Afrique dans ses liens avec le monde qui était évoquée, dans l'éloquence des détails, dans les vidéos projetées au milieu de ce village sur pilotis, peuplé de poupées et de volailles perlées, le tout dans un bruit de forge et d'interpellations. C'était beau, coloré et en même temps dérangeant, provocateur.

Car c'est bien là la force de Pascale Marthine Tayou: créer des œuvres d'une dérangeante beauté. «Dire un poème doux avec des épines dans le cœur transforme la beauté en laideur et raconter la guerre dans un jardin de roses fait oublier les épines du pré», dit l'artiste.

L'installation vénitienne Human Being (le titre dit bien ce qui porte l'œuvre) est la pièce centrale du projet lillois et elle sera accompagnée de plusieurs autres pièces, certaines très récentes. Il y aura ce monstre de papier déchiqueté baptisé Le Verso Versa du Vice Recto, bruissante évocation d'une administration dévorante; et Vieille neuve, une pièce narrative, où l'on suit une Japonaise - une voiture donc - dans les rues de Yaoundé, avant qu'elle ne devienne une installation d'art contemporain...; et encore des Poupées Pascale, ces personnages tout en transparence sur leur tronc de bois, fétiches interpellants relayés maintenant par Les Flâneurs de Montreuil, nouvelle série de silhouettes évocatrices de toute l'histoire du colonialisme. Une histoire qui ne s'arrête malheureusement pas dans les années 1960. Et encore La Roue des mots, une nouvelle pièce qui fait s'entrechoquer, au gré de la bonne ou de la mauvaise fortune, un vocabulaire de rue.

Les mots, qui, tout autant que les images, font partie des matériaux de l'artiste camerounais. A la manière du poème qui ouvre son site: «Le Taudisme, parce que rien n'est impossible, / Le Taudisme, juste pour jouer avec toi... / Si le pouvoir ne peut servir à aimer les Hommes pourquoi donc / la conquérir? / je t'aime, tout simplement.» Le Taudisme? Dans un autre recoin du Net, on trouve cette définition de ce néologisme poussé sur les friches de la pauvreté: «Il n'est pas / une doctrine mais, / le chemin qui mène vers la sculpture mentale car, .. / L'essentiel est la rencontre de l'autre dans son gîte le / plus abject, / Comprendre que la force des incompréhensions est / le devant de la grandeur. / Le dynamisme ne pousse que là où existe l'épine du non- / soi. / Proclamer le Taudisme contre la vermoulure de l'être!»

Photo©Courtesy Galleria Continua, Sans Gimignano, Beijing-Le Moulin-Pro Litteris 2010

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